Une (l’) origine du mot squatt
Pudiques, les dictionnaires disent que, selon le sens du mot, le squatter occupe la surface du terrain sur laquelle il peut s’accroupir. Cela ferait peu d’étendue ; quel nain y pourrait coucher ? Non, le squat décrit la posture accroupie de la défécation et celle des femelles quand elles pissent ou accouchent.
Le vieux verbe français es-quatir, origine de ce mot, utilisé d’abord dans le Far West et en Australie, se réfère au verbe latin co-actiare, vieille et curieuse racine du cogito, par co-agere ou co-agitare : mes pensées, en effet, s’gitent en moi tout autant que, dans la prarie, des brebis en nombre rassemblées. Or les éleveurs de ces deux Nouveaux Mondes conduisaient des troupeaux, plus nombreux encore, sur des terres qu’ils considéraient sans propriétaire, alors qu’ils expropriaient, par leur pacage et passage, Indiens ou Aborigènes, qui les habitaient avant eux mais sans titre, au moins selon la common law. Rien ne préparait donc ce terme à désigner l’accroupissement. Dès qu’il prend ce sens, on le relie à l’ancien : envahir et posséder. Reste que les bêtes ne laissent jamais, en trottant les lieux libres de leurs crottes. (et les hommes)
extrait du "Le Mal propre Polluer pour s’pproprier" de Michel Serres éditon Le Pommier
29/03/2010, par